Je vous en ai déjà parlé, un de mes bons amis, optimiste profond, pense que dans une trentaine d’années, quand le monde sera meilleur, l’Histoire fera de notre époque un constat très sombre.
Plus personne, à part quelques mystico-ravagés, n’ose prétendre que tout va bien. La droite nous bassine avec les dettes des États, nous disant qu’il faut réduire la taille de l’État et créer de la richesse (sic). Se rendent-ils au moins compte que si les dettes des États sont si élevées, c’est peut-être qu’elles sont liées aux profits astronomiques des banques?
La gauche, elle, nous dit qu’il faut revoir ce système financier mondial qui risque de nous engloutir, parce que trop affamé, et qu’il faudrait mieux répartir la richesse, taxer les transactions financières, etc.
Les opinions divergent radicalement quant à la manière de faire, mais tout le monde s’entend pour penser que ça va mal. Très mal.
Les problèmes sont liés les uns entre les autres, mais on s’entête à essayer de les régler de manières indépendantes : nous vivons dans un immense jeu de mikado et toutes les tiges isolées ont été retirées. Reste à savoir ce qui fera bouger le tas au complet.
Les choix devront être faits de manière globale, et non plus par secteur d’activité ou par pays : on peut de plus en plus difficilement diviser le monde en frontières : les problèmes sont (presque) les mêmes partout.
Parler pour ou contre la hausse des droits de scolarité sans se poser les questions qui motivent cette hausse relève d’une fabulation que plusieurs s’entêtent à nous faire avaler.
Il faut se demander à qui profitera cette hausse.
À l’État (c’est à dire à nous tous)? Certainement pas : 7000 universitaires en moins chaque année, dans le contexte d’un système d’éducation secondaire et collégial aussi déficient que le notre, ça n’augmentera en rien le niveau général des connaissances ni celui du savoir.
Au gouvernement? Oui, peut-être : l’Histoire nous démontre qu’il est toujours plus facile de gouverner un peuple mal éduqué. Et en ouvrant la porte au financement privé des universités, le gouvernement fera encore une fois plaisir à ses tinamis les entreprises, qui trouveront des moyens de lui retourner l’ascenseur.
Non seulement vivons-nous sur une planète mondialisée, mais il ne faudrait jamais oublier que cette mondialisation a pris son grand élan à la fin des années 80 et au début des années 90, quand le bloc de l’Est s’est effondré, laissant libre cours aux actions des grands argentiers, des grands propriétaires, des financiers et des spéculateurs.
Un certain équilibre s’est alors fissuré et depuis, le capitalisme n’a plus de contrepoids. Personne ne veut d’un système totalitaire comme celui que le bloc de l’Est proposait. Mais nous avons cru que la démocratie capitaliste pouvait s’autoréguler.
Nous avons eu tort.
L’ordre social
Lorsqu’une société fonctionne, personne ne devrait avoir envie de changer quoi que ce soit. Mais qu’est-ce qu’une société qui fonctionne? Est-ce seulement possible? Quand pouvons-nous tous dire que tout va bien? Si cette question se pose de manière collective, la réponse se formule généralement selon des critères personnels.
Quand la société fonctionne, c’est qu’elle permet à l’individu de vivre selon ce qu’il entend et espère de la vie.
Qui, aujourd’hui, peut dire qu’il vit selon ce qu’il entend et espère de la vie?
La provocation et la montée de la violence
Jusqu’ici, les étudiants ont fait montre d’extrêmement de patience et de discipline lors des manifestations. À la suite de celle de la semaine dernière, où la police s’est amusé à lancer des bombes sonores et autres gaz, avec pour résultat qu’un jeune va probablement – si ce n’est pas déjà fait – perdre son œil, c’est à se demander si l’Ordre n’a pas justement envie que ça déborde, question de donner libre cours à son armada guerrière, question aussi de faire déraper le processus de revendication des étudiants.
Pour l’instant, toutes les vidéos que j’ai pu trouver sur le web nous montrent des jeunes, presque des enfants, qui clament des slogans, chantent et montrent des pancartes somme toute assez polies et, à part un ralentissement de la circulation imprévu sur le pont Jacques-Cartier, rien, dans les faits, n’a débordé.
Ce doit être extrêmement frustrant pour les hommes et les femmes casqués et armés jusqu’aux dents, quand il n’y a pas de débordements. Faut alors que ça se défrustre, ces gens-là! Que ça justifie l’armada... et le fric que ça coûte.
J’ai bien hâte de voir comment ça va se gérer dans les prochaines semaines, les prochains mois, quand le mouvement aura pris de l’ampleur et quand tout un paquet de secteurs de l’activité sociale aura rejoint le mouvement étudiant…
Je vous gage qu’on va avoir des élections pour tenter de désamorcer la grogne. Dans la tête des dirigeants, le vote demeure la seule manière de changer quoi que ce soit.
Alors qu’on sait bien que si voter changeait le monde, ce serait interdit…
