10h07, je lève les yeux, il fait soleil et c’en est fait de mon petit dimanche gris.
Le chroniqueur ne veut pas parler de ce dont tout le monde parle.
Vive la pluie, la neige, le beau et le mauvais temps, ma rue mal grattée et mes trottoirs qui glissent, qui glissent. Politique municipale. (Soupir) Commenter cette folie, cette incongruité : odeurs du charbon de bois dans les narines de riches propriétaires de condos du Plateau. Ah, que la neige a fondue, mes trottoirs sont des jardins de vieilles gerçures.
Nous vivons une bien drôle d’époque. Fin des petits quartiers, fin d’une certaine manière de vivre, dans le bruit et les odeurs, quand la ville proposait une urbanité réelle, quand Montréal proposait quelque chose qui ne ressemblait à rien d’autre, quand la métropole avait une identité et que nous détestions l’aimer.
Je ne vis plus ni sur le Plateau ni dans le Mile-End, ni dans Rosemont ni dans Villeray, mais j’y suis pourtant encore souvent pour y visiter mes amis. Autrement, je traîne dans Saint- Henri et je regarde les vieux de mon quartier mourir, les hispters arriver, cul retourné sur les vieilles maisons, nez dans le canal, coincés comme s’ils habitaient un monde qui ne veut surtout pas se savoir lié à la vie. À la pauvreté et à ses odeurs de vieux matous qui pissent.
Nous avons rêvé – et en disant nous, je pense à ce nous occidental, propre, propre, propre – d’un monde sans aspérités, sans odeurs et sans bruit, surtout. Frais l’été et chaud l’hiver. Nous avons fabriqués – et quand je dis nous, je m’en exclu, de honte, de honte et de honte – un monde qui ne ressemble plus à la vie, un monde mort et sans sueur, un monde qui ne sent plus rien, un monde où l’amour ne laisse surtout plus aucune trace. Un monde où le mal ne sert même plus à connaître le bon.
Je connais un bar qui ne peut avoir de terrasse parce que les voisins veulent du silence en plein centre-ville, mais vraiment plus centre-ville que ça et t’es au coin Ontario et Saint-Hubert. C’est tellement con…
D’autres restos fermeront, changeront, ne feront plus cuire au charbon et sentiront bon.
Ce seront nos vies qui n’auront plus rien de vrai.
Nos vies qui deviendront fades. Comme ces gens-là de Brel. Ces gens-là qui nous polluent la vie à grand coup de plaintes et de règlements.
Deux essais
16h30 et je n’ai plus envie de parler charbon, gaz, barbecue et quartiers qui sentent trop bon. Je fouine et je contourne mon prochain sujet. Il y a dix ans, j’aurais pleuré pour que ces deux livres sortent enfin, quand rien d’autre n’était possible en matière de discussion politique que la question nationale.
Je me souviens de la nomination de Lulu à la tête du PQ, j’avais dit bof, c’est quand même un homme très à droite, non? Et je m’étais fait traiter de traître par mes amis séparatistes.
M’enfin, les temps changent et les sujets politiques aussi.
Deux essais viennent de paraître que je lirai peut-être, mais dont je pourrais vous parler sans même les avoir touchés : L’État contre les jeunes, de Éric Duhaime, et Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments, de Jean-François Lisée.
18h30, dimanche. Je constate que les deux auteurs sont invités sur le plateau de Tout le monde en parle. Ouille. Devrais-je écouter ça? Je ne suis plus capable, mais plus capable des mêmes jokes, des mêmes faces, des mêmes sujets traités de la même manière…
22h30. Je viens de réaliser que j’ai oublié de regarder Tout le monde en parle… Hooooo.
Dommage.
Ils ont dit quoi, vous pouvez m’aider?
Ont-ils dit que dans les deux cas, l’éditeur des deux livres, même s’il porte deux noms, est le même?
Quebecor.
Stanké, dans le cas de Lisée, et VLB, dans celui de Duhaime. Deux maisons appartenant à Quebecor.
Même la guéguerre entre la droite et la gauche sert des intérêts autres que politiques.
Quoique.
Politique, vous avez dit politique?
Tant que ça ne sent pas trop mauvais et que ça couvre les autres bruits.
Port-au-Prince
Quand vous lirez ces lignes, je serai loin. La semaine prochaine, chronique haïtienne…
