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Rétroviseur

Michel Vézina

Michel Vézina

Publié le 20 Décembre 2011
Montréal Express
Publié le 19 Décembre 2011

Allez, c’est presque fini. Et hop, une autre année derrière la cravate. 2011 : check.

Sujets :
Le Mouton Noir , Journal de Montréal , Saint-Germain-des-Prés , Place de Clichy , Croatan

Plutôt que de vous faire la liste de mes disparus, ou une rétrospective des livres ou des shows qui m’ont marqué, je me suis amusé à relire mes chroniques. 2011 en quelques extraits que j’aime bien.

Hiver

Ceux d’entre nous qui s’intéressent à l’art ont depuis longtemps trouvé leurs sources et leurs réseaux d’informations ailleurs que dans les médias dits traditionnels, qu’ils désertent de plus en plus. Ce matin, vinaigrette aillée. Salade de pétrole éthique, de privatisation de l’eau, d’un immeuble de dix-huit étages inoccupé, d’oiseaux qui tombent du ciel, de gaz qui fuient. Mais rire quand même, sourire, faire la fête, commémorer la catastrophe…

Que pouvons-nous encore inventer qui ne soit autre chose que l’ombre de la réalité?

Je repose cette question qu’a un jour posée le journal Le Mouton Noir, toujours aussi pertinente : « Si le ridicule tuait, qui nous gouvernerait? » Je rajoute aujourd’hui ceci : « Si le je-m’en-foutisme tuait, qui voterait? »

La chronique. Chronos. Le temps. J’ai l’impression qu’il ne me faudrait que commenter le temps qui passe.

Moi, quand ça se met à parler de langue je pense tout de suite french kiss. Souvenez-vous en 2001, quand les Stazunis ont rebaptisé les frites freedom fries, jamais, jamais personne n’a parlé de freedom kiss… Pourquoi, donc?

Le cirque est un pays en soi, une nation multiple pour qui les origines comptent moins que les aptitudes, que la capacité de faire rêver. / Samedi dernier nous avons appris que l’entente proposée par le médiateur avait été acceptée par les employés en lock-out du Journal de Montréal. Vingt-cinq mois pour ça… Déprimant, non? / La culture est un produit de consommation. Dans ce contexte, une contre-culture peut-elle encore exister? Qu’en est-il de l’art subversif ? Oups, désolé, le mot art ne fait plus partie de nos vocabulaires… j’oubliais.

Paris en taxi. Trop crevé pour prendre le métro, ça m’arrive des fois, j’avoue. Saint-Germain-des-Prés - place de Clichy, samedi. Si les orages lavent toujours, cette ondée-ci pourrait être loadée de radiations japonaises.

Aphorisme attrapé dans Les moustiques n’aiment pas les applaudissements, d’Auguste Derrière (Castor Astral) : « C’est terrible de prolonger la vie en prolongeant seulement la vieillesse. »

Printemps

Parce que je vous aime beaucoup, j’ai besoin de m’éloigner un peu. Je pars pour Croatan, finalement.

Le 3 mai, j’ai étiré le cou et me suis acheté un journal, question de pointer un peu le nez hors du bois. D’une oreille distraite, j’ai compris que le monde avait changé.

J’ose encore espérer un monde où le cash ne serait pas le seul roi.

J’attends toujours le début du mois de juin avec impatience. Il y a le soleil, bien sûr, la campagne, les petits oiseaux et les petites camisoles, les orteils à l’air, et tout et tout.

La littérature est notre dernière évasion possible, une sortie de secours au bombardement d’images et de sons, un carburant pour l’imagination.

Il n’y a plus ni jeunes ni vieux.

Il n’y a que des petits qui veulent prendre la place des gros.

Et continuer pareil...

Été

Depuis quelques années, on veut nous faire croire que nous ne sommes plus capables de faire la fête sans festivals. Il semble qu’il nous faille la méga patente, la grosse exagération cosmique, les clôtures, la grosse police. Gna gna! Ma foule est plus grosse que la tieeeenne!

J’ai écrit, récemment, que je voulais fuir Montréal.

Petit matin, j’ai du mettre un petit torchon sous mon ordinateur, la table à pique-nique est couverte de rosée. Tout le monde dort. Un quiscale bronzé vient de me faire sentir que je n’avais rien à faire à cette heure sur son territoire. Il est passé en flèche à quelques mètres au dessus de moi et a chié. Chanceux, c’est tombé sur le trackpad.

J’aime me laisser pétrifier. Il est peut-être de la lecture comme de la bandaison : on peut aimer certains de ses ami(e)s sans pour autant qu’ils (elles) provoquent chez nous de désir irrépressible.

Automne

C’est avant de mourir que nous ne devrions jamais être seuls. C’est vieillir seul qui est ignoble. C’est souffrir seul qui est immonde. C’est être seul juste avant la fin qui est impossible à imaginer.

48% de la population ne sait pas lire.

Triste époque. Plus rien ne veut rien dire, tout se dit et plus rien ne s’entend.

Tant de choses de la vie nous échappent dans ce fracas de nouveautés, ce foutoir de nouvelles, ce gras tas de tant de merdes, qui nous assaillent, nous assaillent…

Décervelés, écervelés : devant nous s’étend la terre des pauvres…

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