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Vivement décembre

Michel Vézina

Michel Vézina

Publié le 29 Novembre 2011
Montréal Express
Publié le 28 Novembre 2011

La fin de semaine dernière, se tenait Expozine. Normalement, je ne manque jamais ça, mais là, raté. Trop crevé, enfoncé dans le divan à osciller de sieste en quinte de toux. Novembre m’a eu.

Sujets :
Square Victoria

Aujourd’hui je m’en veux. D’une part d’avoir raté cette occasion de mettre le nez dans des livres qu’autrement on trouve difficilement, et aussi parce que je me retrouve en manque d’un sujet que j’adore couvrir. Presque tous les ans à cette période de l’année, je parle de ce salon du livre alternatif où on retrouve tout un pan de notre littérature dont les médias ne parlent plus, ou presque plus. De la bd, du livre politique et social, souvent engagé, des romans rares, des essais de toutes sortes, des fanzines, des livres pratiques, de tout et du bon.

J’aurais tellement voulu en reparler cette année, mais bon, j’ai raté mon coup. Je m’en désole franchement. À ce que j’ai pu constater, pas beaucoup d’autres médias francophones en ont parlé : on dirait presque que seuls les médias anglophones s’intéressent à la marge.

Étrange, vous ne trouvez pas?

Indignés : démagogie ou théorie du complot?

Ça devait arriver : le campement du square Victoria devait un jour ou l’autre être démantelé. J’espère que le mouvement des indignés ne s’arrêtera pas là et qu’il continuera de faire entendre son message. En attendant, les démagogues de droite s’en donnent à cœur joie dans le détournement de sens.

Dans un texte édifiant (http://bit.ly/sjNZzJ), un chroniqueur bien en vue et très populiste assure sur son blogue et avec emphase que le mouvement Occupons Montréal lui a appris quatre choses :

 

1) Apparemment, deux itinérants se sont installés dans la tente d’un manifestant qui, lorsqu’il leur a demandé de sortir, a reçu un coup de poing sur le nez en revendiquant son lit et sa tente, le chroniqueur en arrive à la conclusion que : « C’est alors que furent établies des règles de respect de la propriété privée. Leçon no 1: Non au tout public! »

Comme si la remise en question des abus du capitalisme, tout comme la démonstration de ses limites, signifiaient qu’il faille remettre en question la propriété privée. De prétendre cela revient au même que d’insinuer que quiconque appelle la police est un fasciste. Cela s’appelle de la démagogie.

2) Les indignés déposent de l’argent à la banque et le chroniqueur d’écrire, sûr de lui : « Ils coururent à la banque la plus proche pour s’ouvrir un compte, sans rechigner devant le banquier grassement payé. Leçon no 2: Les banques remplissent une fonction essentielle. » Je ne pense pas que les indignés remettent en question la place des banques dans notre société, mais plutôt celle des bandits de grand chemin qui se sont frayé un chemin jusqu’aux plus hautes marches des hiérarchies bancaires et qui s’amusent à spéculer de manière éhontée avec NOTRE fric, celui-là même que nous avons épargnés et qu’on devrait normalement pouvoir récupérer le jour où on en aura besoin. De prétendre que la gauche ne veut pas de banque relève encore une fois de la démagogie.

3) Quand des bagarres explosent sur le site et que les responsables demandent l’aide de la police : « la loi et l’ordre s’imposent pour ne pas se laisser mener par des criminels. » Eh ben c’est raté, M. le chroniqueur : dois-je vous rappeler la corruption et les quelques criminels à cravate qui se sont fait épingler ces dernières années. On ne voit que les criminels qu’on veut bien voir!

4) Quand les organisateurs décident « de refuser de nourrir les gens qui ne prêtent pas main-forte à l’organisation du camp », le chroniqueur conclut qu’il faut travailler pour manger. Comme modèle social, c’est fort : ça fait un peu peur pour nos étudiants, nos malades, nos handicapés, nos gens dans le besoin et nos vieux, non?

 

Tant qu’à jouer cette game de fabulation démagogue, je dirai de mon côté que les indignés ont été infiltrés!

Des actionnaires des grands spéculateurs de notre temps ont envoyé : 1) des fiers à bras pour foutre la merde en occupant la tente d’un indigné, question de l’obliger à revendiquer sa propriété pour en faire un modèle de capitalisme à son insu; 2) un voleur patenté pour justifier l’existence de la banque qui fait fructifier en spéculant sur le fait que les déposants n’auront pas besoin de leur argent avant longtemps; 3) des bagarreurs professionnels qui devaient justifier une présence policière accrue; 4) des agents secrets déguisés en pique-assiette pour obliger les responsables du campement à émettre une série de règlements qui auraient des allures de règles fascisantes une fois présentées par un démagogue aguerri.

Mais si j’osais écrire cela, on me traiterait, avec raison, de conspirationniste fini.

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