Il s’agissait d’une des dernières occasions d’errer dans les locaux vétustes du boulevard Pie-IX : la station déménage au centre-ville, probablement avant même le début du Salon du livre, le 16 novembre.
Je dis errer, mais il y avait un tel monde! Dans le studio pendant l’émission de Louis-René Beaudin, on devait être 45! Des vieux, des jeunes, et d’autres qui ne sont plus tout à fait jeunes, mais qui ne le savent pas encore. Une belle bande de joyeux tripeux de radio qui célébraient non seulement l’anniversaire de la radio, mais aussi le vingtième de Maurice, ce grand coquet, à la fois ému et gêné.
Maurice, c’est depuis vingt ans le discothécaire de CIBL. C’est lui le pilier, l’immuable, le totem sacré, celui sur qui des centaines d’animateurs et de journalistes en herbe se sont appuyés et s’appuient toujours. Le son de CIBL, c’est lui.
L’occasion était belle, la gang fébrile, faisait chaud, y’avait du manger pis du boire pis tout un paquet de gens qui ne s’étaient pas vus depuis des années, qui avaient maigri, grossi, vieilli, et dont les enfants étaient maintenant plus grands qu’eux. Et il y avait ces jeunes, fiers et heureux, qui sentaient bon et qui avaient de la lumière dans les yeux.
Le livre
Pour l’occasion, un livre commémoratif était lancé. Dirigé par Chloé Sondervorst, ce livre ne se contente pas de retracer les grandes lignes de l’histoire de la station, mais soulève à toutes les pages l’importance de sa présence dans notre paysage radiophonique.
Véritable incubateur, oui : on peut y lire les commentaires de vedettes comme Guy A. Lepage, Monique Giroux, Catherine Pogonat, Akli Ait Abdallah, Bruno Blanchet, Jean-René Dufort et Line Beauchamp qui y ont fait leurs premiers pas. Mais on ressent à toutes les pages l’importance réelle de cette radio, qui réside certainement dans la parole citoyenne qu’elle propose.
CIBL n’est ni une radio commerciale, ni une radio d’État. CIBL c’est – et doit rester – la possibilité d’une marge, d’une frange. CIBL, c’est la capacité d’une écoute du monde que le reste des ondes ne propose plus, ne peut plus proposer étant donné la pression, le monde, le paysage… Le spectacle.
CIBL, c’est, à heure de grande écoute, encore le seul lieu où entendre parler quelqu’un de son travail pendant vingt minutes! CIBL, c’est, encore aujourd’hui, l’endroit pour essayer autre chose, oui, risquer.
CIBL c’est de l’occupation depuis trente ans.
Moi je dis merci CIBL! Merci pour tout, pour l’écoute, toujours.
Occupons
Depuis quelques jours, le mouvement Occupons a gagné Montréal, tout comme un millier de villes dans le monde dans plus de 80 pays.
Il y a quelque chose de rafraîchissant dans ce mouvement, un merdre lancé à nos dirigeants et à ceux des grandes banques, ces géants de la phynance! Le même merdre que lançait Jarry à la fin du XIXe siècle… Comme quoi, rien ne change.
En 1993, 700 milliards de dollars transigeaient chaque jour dans le monde et seulement 8% de ce montant allait à la production. Le reste n’était que spéculation. En 2004, le montant quotidien des transactions atteignait 3100 milliards de dollars, dont 164 allaient à la production, pour un pourcentage de 5,29%.
Je n’ai pas pu trouver les chiffres pour 2010, mais je subodore deux choses : le total des transactions doit péter les 4000 milliards quotidiennement et le pourcentage à la production doit être inférieur à 5%.
Ce jeu – parce qu’il en s’agit d’un – qui consiste à parier sur les pertes des entreprises, sur les baisses des monnaies ou sur la capacité ou non de paiement des dettes des États, des entreprises et des particuliers, crée une masse hallucinante d’argent virtuel, sur lequel, évidemment, seuls les grands traders des grandes institutions surfent, nourrissant leurs marges de profit en se remplissant les poches au passage de vrai argent, sonnant et trébuchant.
Ce système ne peut fonctionner qu’en s’appuyant sur deux principes : la consommation et la productivité. Pour fonctionner, les chiffres qui nourrissent le système doivent croître. Les actionnaires n’acceptent pas l’idée d’une stagnation. Il faut donc surproduire, puis surconsommer, surdépenser.
Alors oui, occupons, tout en sachant c’est avec notre argent que les banques et les institutions financières font leur beurre. Avec nos misérables fonds de retraite, nos petites économies, le financement anémique de nos hypothèques, les frais de nos cartes de crédit, nos minuscules RÉER et même nos comptes en banque à moitié vides.
Le mouvement Occupons/Occupy est rafraîchissant et nécessaire. Et j’espère qu’il prendra de l’ampleur. Sauf que pour lancer le vrai des vrais merdre, il faudrait retirer notre cash des banques, et puis consommer selon nos besoins réels.
Essayons ça et vous allez voir, une semaine et tout aura changé... Pour de vrai.
