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Leur Paradis

Michel Vézina, chroniqueur à montrealexpress.ca

Michel Vézina, chroniqueur à montrealexpress.ca

Publié le 18 Mai 2010
L'Express d'Outremont & Mont-Royal
Publié le 18 Mai 2010

Jusqu’à il y a de cela quelques minutes, j’avais décidé de vous parler de Off shore, un essai sur les paradis fiscaux et la souveraineté criminelle d’Alain Deneault, l’un des coauteurs de Noir Canada, ce livre essentiel sur les agissements des compagnies minières canadiennes en Afrique. Je voulais vous en parler, mais une fois le livre refermé, j’ai besoin d’un petit temps de digestion avant de vraiment pouvoir en parler. Off shore est un livre trop enrageant, trop révoltant et, même, trop humiliant pour en parler légèrement. Trop déprimant, aussi. Allez, un exemple, page 38 : « La moitié du stock mondial d’argent transite ou réside dans les paradis fiscaux. Ce sont donc des volumes d’échanges colossaux qui échappent au contrôle des États de droit. »

Sujets :
Canada Steamship Lines , Empire , Paris , Barbade , Canada

La moitié du stock mondial d’argent qui échappe au contrôle des États de droit, donc à toute forme d’imposition. Admettons, allez, un taux de 20%. Ça fait combien, 20% « de volumes d’échanges colossaux », quand on pense qu’environ un millier de milliards de dollars transigent chaque jour ?

 

Tout un paquet de fric qui ne vient jamais financer de systèmes de santé, d’éducation, qui ne participe à aucun service public d’aucun État de droit.

 

La moitié du stock mondial d’argent.

 

Je vous en reparlerai quand je serai moins abasourdi, sauf qu’en attendant, quand vous voyez nos politiciens à la télé nous parler de crise des finances publiques, dites-vous que ces gens-là, s’ils sont en place, le sont grandement grâce à ceux qui, justement, engrangent des sommes inimaginables dans ces paradis fiscaux dont parle Deneault dans Off shore.

 

Je rappelle à votre mémoire cette polémique pourtant pas si ancienne : « […] une bonne partie de la compagnie maritime du premier ministre Paul Martin est établie à la Barbade, un « paradis fiscal ». En sept ans, la Canada Steamship Lines (CSL) aurait ainsi économisé 103 millions en impôts en se soustrayant à l'application des lois fiscales canadiennes […]. » Le Devoir, le 14 février 2004

 

103 millions d’économies d’impôts en sept ans. À elle seule. Or entendons-nous que CSL n’est pas la plus grande ni la plus riche compagnie au pays. Je serais vraiment très curieux, tiens, de savoir combien d’argent disparaît ainsi des coffres du Canada et du Québec vers les paradis fiscaux. Et ensuite, je serais tout aussi curieux de comparer ces chiffres et ceux de notre déficit, tiens, ou encore à ceux de notre dette nationale, carrément.

 

Non, je ne vous parlerai pas de Off shore cette semaine. Pas encore. J’ai besoin de le digérer et, surtout, de m’enlever cette envie folle que j’ai de devenir violent.

Paris et moi

Paris, c’est un peu chez moi. Vous vous souvenez, à la fin des années 80, au début des années 90, quand j’étais venu y vivre ? À l’époque, la ville n’avait pas encore été déclarée Ville-musée. Il y avait encore de multiples petits quartiers sympathiques, des endroits typiques un peu partout, de vraies vies de quartier grouillantes et odorantes, sonores et gustatives. Il y a encore des parcelles de ces particularités qui subsistent, mais quand je vais dans un café et qu’on me sert, après avoir demandé un espresso, une lavasse comme il ne m’est arrivé d’en voir que dans certains Tim Horton, la peur me prend et je me dis que si l’Empire n’a pas encore tout à fait fini de nous conquérir, il ne lui reste plus grand travail à faire pour y parvenir complètement. Quand, dans le même café, tout juste à côté de Saint-Germain-des-Prés, je demande où sont les toilettes, et qu’on me répond : « downstairs », j’ai l’étrange impression de me retrouver à Dorval, ce qui n’est pas peu dire quant à l’américanisation de Paris.

 

Partout en ville, de plus en plus de commerces affichent des noms anglais. La langue se désagrège même ici – ce que les Parisiens nient, évidemment – et, ô summum de l’assimilation, la bouffe goûte de moins en moins la France et de plus en plus l’Amérique. C’est à dire pas grand-chose.

 

Je me souviens d’un Paris qui sentait la pisse et la merde, oui, je me souviens aussi d’un Paris avec des trottoirs où nous glissions gentiment dans le caca de chien, et ce Paris contre lequel les touristes gueulaient, il sentait alors aussi le sang de ses boucheries, la farine de ses boulangeries, le poisson de son Ordralfabétix et le beurre fondu de ses pâtisseries. Non, aujourd’hui, Paris ne pue plus, mais Paris ne sent plus rien non plus.

 

Dommage, quelquefois, ce temps qui passe et qui n’améliore pas la vie…

6 – 0

Pas vu le match de dimanche. Avec le décalage, ça me ferait passer la nuit debout et j’ai passé l’âge de faire les trois-huit, comme ils disent ici. J’en fais encore deux, c’est déjà pas mal.

 

6 – 0, donc, j’ai vu le score dès mon réveil, lundi matin. Pas de problème les amis, pas de panique. En fait, même, c’est parfait! Nos tinamis du Canadien viennent de se rendre compte qu’il va falloir qu’ils grandissent de quelques centimètres d’ici quelques jours, mais je leur fais confiance : ils vont y arriver.

 

Montréal en 6, "checkez ben".

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