Québec, by the river!

Envoyer à un ami

Envoyer cet article à un ami.

Dans le taxi qui nous emmène vers notre hôtel, dans le Vieux, il y a la radio : AM 800. Aux informations, un « journaliste » – entre guillemets parce que la profession mérite mieux que cet hurluberlu qui nous concocte cet étrange bulletin – commence par nous informer : un jugement a été rendu à Trois-Rivières, contre cette propriétaire de garderie qui s’en était prise à un enfant de dix mois, il y a trois ans, en lui donnant son bain. Puis, le « bulletin d’information » ¬– guillemets, encore, pour les mêmes raisons qu’auparavant – dérape et devient « tribune libre » (ce sera comme ça pour chaque nouvelle). Et je cite : « Moi j’ai un fils de cinq mois. D’abord on est-tu d’accord qu’il se fera jamais garder cet enfant-là, pis vous pouvez être certain que jamais personne d’autre que moi ou ma blonde va lui donner son bain! »

Québec, by the river!

Magnifique phrase… D’abord, si cet enfant ne se fait jamais garder, c’est dire qu’un des deux parents sera toujours avec lui. Comme le père travaille à la radio, j’imagine qu’il est clair que la mère ne travaillera pas, du moins pas tant que le petit ne sera à l’école, et ce, bien sûr, si ce n’est finalement elle qui lui enseignera, question de le tenir à l’écart et de le protéger de tous les méchants de ce monde. Autrement, faudrait que la mère ait un job à horaire vachement souple et variable, question d’être à la maison le matin, le midi (le service de garde de l’école, beurk) et en après-midi quand le poussin rentrera au nid.

D’autre part, ne faisant jamais garder cet enfant, je me demande quelle sorte de vie sociale notre couple journaliste/mère au foyer aura. Oubliez ça les sorties en amoureux ou le week-end au spa tandis que petit se fait gâter par ses grands-parents, oubliez ça, oubliez ça... D’ailleurs, parlant des grands-parents, justement… Quand il a dit que jamais personne d’autre que lui ou sa blonde ne lui donnerait jamais son bain à cet enfant-là, j’ai pensé à eux, les pauvres grands-parents. Comment ils ont dû se sentir…

Bon, revenons à madame. Je pressent d’ici sa vie sociale, elle qui devra passer ses journées à la maison à attendre que monsieur rentre de son travail de « journaliste » à la « radio » pour pouvoir – si jamais monsieur n’est pas trop éreinté pour donner son bain au petit, justement – prendre ne serait-ce qu’un petit break de couches.

Vous avez dit burka? Ou niqab?

Le son et l’image

J’aime, dans une ville, fermer les yeux et écouter SON son. Toutes les villes ont le leur. Une harmonique, une ambiance, une image sonore. Généralement, et c’est là que s’affirme probablement leur personnalité, c’est dans la distance entre cette ambiance sonore et ce que la ville nous renvoie comme image une fois que nous ouvrons les yeux, que son identité s’affirme. Il y a généralement une concordance avec les odeurs aussi, mais bon, comme Québec ne sent rien, sinon le savon, la blancheur des peaux et le synthétique des équipements de plein air dont la population s’affuble…

J’ai compris que Québec était schizophrène, ce week-end. Comment une ville peut-elle autant sonner calotte-honda-civic-black-light-en-dessous-des-portes et avoir l’air aussi fif ? (Je me permet de citer Plume pour mettre les choses au clair : « je n’ai rien contre l’homosexualité, c’est contre la fifferie que j’en ai ». Ce devait être en 1980, 1985.) Plume était un visionnaire de notre monde : des épais au son, des fifs à l’image.

Vous avez dit schizo?

Bagarre

Je rentrais à l’hôtel samedi soir après une bonne dizaine d’heures au Salon du livre de Québec. Bon salon, d’ailleurs, belle ambiance, beau public, lecteurs intéressés et curieux. Je marchais sur la rue Saint-Jean, en route vers ma chambre, pour me changer et me doucher avant de me rendre au party des Éditions Alto. En passant la porte Saint-Jean, j’aperçois un attroupement, juste en face du Parc de l’artillerie. Un amuseur public en train de faire sa job, j’imagine. Je passe mon chemin en jetant un œil distrait, pas trop envie de me faire amuser. Et je fige deux secondes. Rien de drôle, non. Scène macabre : le show que ma vingtaine de crétins immobiles regardent n’en est pas un. Un gars se fait bucher allègrement par deux jeunes hommes. Il est couché par terre, n’essaie même plus de se protéger des coups de pieds et de poings qu’il reçoit au ventre et à la tête. Le sang sur son visage n’a rien d’un mélange d’eau, de sirop de maïs et de colorant rouge (le mélange qu’on utilise généralement au cinéma et au théâtre. En y ajoutant une goutte de bleu, c’est assez ressemblant). Non, là, le sang est vrai, et les coups aussi. Et les morons tout aussi réels : tout le monde regarde, personne n’intervient.

Il a fallu que je me lance, suivi finalement d’un autre gars qui semblait n’attendre que ça, qu’un de nous s’enlève les doigts de dans le nez et réagisse : nous ne sommes pas à la télé ni au cinéma, la vie ne se déroule pas devant nos yeux sans que nous ne puissions intervenir sur son cour.

Quand les flics sont arrivés, les agresseurs étaient déjà loin, évidemment. L’agressé avait même déjà eu le temps de reprendre conscience… Et à quoi le jeune flic à peine éclot de la grande poulaillerie de Nicolet a t-il pensé en arrivant sur les lieux, plutôt que de s’informer de l’état du jeune homme et de s’assurer que sa vie n’était pas en danger?

Je vous le donne en mille : le Ti-coq pas gradé m’a demandé mon nom, ma date de naissance et mon numéro de téléphone…

Nous vivons dans un monde tellement libre et magnifique.

Lieux géographiques: Québec, Rue Saint-Jean, Porte Saint-Jean Nicolet

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Merci d'avoir voté

Haut de page

Commentaires

Commentaires