Bouffe (suite)

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C’est fou. Que je parle de culture ou de politique, de vie de tous les jours ou de mes montées de lait, vos réactions sont en général plutôt rares. Par contre, dès que je vous touche l’estomac ou le foie, je vous sens instantanément vibrer. Pour le plaisir, je continue donc sur ma lancée. Devrais-je me recycler en chroniqueur culinaire?

Bouffe (suite)

Dans mon dernier texte, je vous laissais sur une magnifique pièce de bœuf, un festin! Le lendemain, avec les mêmes amis, nous avons pris d’assaut un petit resto, au Lac de Laromet, un endroit qu’on dirait qu’il fait exprès pour ne pas se laisser trouver. Pas d’affiche, pas d’indications; même qu’avec les amis, qui pourtant connaissaient bien la région, on a eu l’impression de se perdre quatre fois en s’y rendant.

Ah, la bouffe, la bouffe! Dans ce secret bien gardé au bord d’un tout petit lac avec des cygnes dessus et des ragondins dedans, un magret de canard aux pommes comme je n’en avais jamais mangé avant, suivi de profiteroles maison qui m’ont attaqué le taux de sucre à un point tel que mon glucomètre s’est carrément mis à gémir tout seul dans mon sac.

Pour ce qui est de la suite, je vous fais la courte liste, parce qu’il n’y a pas que ça à dire, quand même. Je me suis délecté d’un cabillaud sublime à Bayonne, et aussi d’un confit de palombes à faire rêver, à Biarritz. À Paris, un peu mal aux intestins quand même, j’ai commencé par me laisser tenter par une petite soupe aux carottes et aux poireaux, assaisonnée au miso, et accompagnée d’une bouteille de Château La Solitude, quand même! Le lendemain, au Bon Coin, dans le 17e, allez hop : un foie de veau à vous régénérer l’alcoolique! Et dans un Bar à vin du 11e dont je ne me souviens plus du nom, un truc basque – dont j’oublie aussi le nom – fait d’agneau haché piquant et d’une purée de pomme de terre à l’ail. Mmmmm… Délicieux. Onctueux. Savoureux.

La veille de mon retour, j’ai mangé une potée de chez Potée, chez des amis que je n’avais pas vus depuis trop longtemps… À se rouler par terre!

Je vous écris de Toronto. Question bouffe, on repassera… Mais question promotion de la littérature : ouille, nous pourrions apprendre...

Enfin, j’imagine qu’on peut pas tout avoir…

La langue

Pas besoin d’être assis longtemps dans un avion d’Air Canada pour comprendre qu’on va se faire horriblement maltraiter la langue, et ce, dans les deux sens du terme.

Bordel de sacrament!

Pour ce qui est de la bouffe, je vous épargne mon commentaire : si vous avez déjà pris place à bord d’un avion, peu importe lequel, vous savez. C’est en ce qui concerne l’autre utilisation de la langue, enfin, pas celle dont il est question plus haut, ni celle dont je ne parle presque jamais dans cette chronique (je devrais peut-être, un jour, tiens!), mais celle qui sert à exprimer une idée, à communiquer… C’est à pleurer.

On descend de l’avion et on se sent tout de suite agressé. D'abord, on se dit que la personne qui nous parle via les haut-parleurs de l’aéroport doit nécessairement être plus à l’aise en anglais qu’en français. Jusqu’à ce qu’elle se mette à bredouiller son message dans la langue de Shakespeare. On baisse alors les yeux et on a une petite pensée pour Jean Chrétien : la personne qui nous dit de nous diriger vers le carrousel numéro 6 ne sait pas parler, point, à la ligne.

Vous le savez, le langage, pour moi, ça a son importance. Il s’agit quand même de la matière première de l’organisation de la pensée! Or chaque fois que j’entends quelqu’un massacrer une langue, il me vient des envies de violences, réelles. En risquant certaines conséquences physiques violentes et douloureuses, peut-être certains feraient-ils un petit effort pour s’exprimer clairement et avec élégance. Notre langue est trop belle, trop riche pour qu’on la laisse tremper dans un jus visqueux et aux arômes putrides. Ça ne se limite pas au service en vol d’Air Canada, mais à toute la chaîne de communication de PET. On a l’impression que c’est un critère d’embauche : donner l’impression que Montréal est peuplé d’illettrés et de morons finis! Ou alors, il s’agit de faire fuir – ou rire – nos visiteurs en leur donnant l’impression qu’ils arrivent au paradis du crétinisme.

Probablement un complot... Ça ne peut pas être naturel.

Canada Reads

Grâce à Canada Reads, je peux faire mon "coming out"! Oui, j’ai le don d’ubiquité : non seulement j’étais à Paris la semaine dernière, mais j’étais aussi à Toronto pour y défendre Nikolski, de Nicolas Dickner à Canada Reads, le pendant CiBiCien du Combat des livres radiocanadien. On a gagné! Yeah! J’en suis heureux et fier, mais jamais je n’aurais pu y arriver sans ce bonheur de livre que j’avais à défendre. Un pur plaisir. Pour Nikolski, c’est une percée considérable dans l’autre solitude. Et c’est aussi l’occasion pour nos voisins de se faire ne serait-ce qu’une toute petite idée de ce qui se passe ici en littérature, en français. Bientôt, dans quelques semaines, ce sera notre tour de parler de livres à la radio et de constater de l’immense talent de nos auteurs… Nous y reviendrons.

Organisations: Air Canada, Bar à vin, Potée

Lieux géographiques: Paris, Lac de Laromet, Toronto Bayonne Biarritz Canada Reads Montréal

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