Petits miracles de rues

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Se sentir loin et marcher dans la rue. Un petit dimanche en attente d’un train, direction la Belgique. Déambuler dans des quartiers qu’on a connus, ou on n’attend personne plus : ville presque familière devenue étrangère. Puis sur le même trottoir, visage connu : Podz en face de moi, souriant, en congé avec sa douce. Podz est à Paris pour le tournage d’une grosse série télé. Paris est si petite, comme le monde…

Continuer, aimer Paris sous la pluie. Me suis acheté un chapeau pour protéger mon crâne dégarni des assauts glacés des gouttes. Feutre marron : j’ai l’air de mon âge. Je me souviens, avant – mais avant quoi? -, quand je me disais que les hommes à feutres marrons ne pouvaient jamais être tout à fait honnêtes.

Je décide de ne pas partir tout de suite en Belgique. Je passe devant un hôtel où ma mère et mes tantes avaient séjourné, jadis : le Saint-André des Arts. Le patron me raconte que l’hôtel fut jadis fréquenté par de nombreux Québécois : Lanctôt, Marie-Claire Blais, Plume, qui buvait en face, au Mazet. Et Claude Dubois, qui aurait rappelé il n’y a pas longtemps pour prendre des nouvelles d’une femme d’il y a vingt-cinq ans. Des fois, vaut peut-être mieux laisser les souvenirs là où ils sont, Claude…

J’appelle Sven, mon Svénito de Parabellum. On se donne rendez-vous aux Folies, rue de Belleville. Beau triple grand père magnifique, mon rocker à barbichette blanche, demi-dieu chilien de la guitare électrique. Au thé vert mon Sven, il me donne des nouvelles d’un peu tout le monde. J’apprends que c’est son beau-père qui joue dans Arrêtez le monde, je voudrais descendre, dont je vous ai parlé la semaine dernière. Petit monde, petit monde…

Xavier appelle. Je ne l’ai pas vu depuis longtemps. Xavier nous rejoint, avec un ami écrivain, qui vient de jouer un de ses textes dans un petit théâtre. Gérald Dumont. Ça s’appelle De la dope, du fric et des putes. Déjà, le titre : tout pour me plaire… Je lui demande de m’en parler. Lecture musicale. Tiens? Avec un musicien qui fait du Dub… Re-tiens!? Je pensais que nous étions les deux seuls, Vander et moi, à faire dans le dub et la littérature! Et avec Junior Cony, en plus! Cony qui autrefois se faisait appeler Jean-Mi, quand il opérait les machines des Bérus. Que le monde est petit! Nettement trop petit… Alors, on va se voir, se parler, et quand on sera ensemble en France, Vander, on jouera avec eux, c’est certain! Un "double bill" – tiens, pour parler comme on dit, ici – endiablé. Faudra les faire venir chez nous, un jour. Me semble d’imaginer le trip…

Notre langue

Des fois, je me demande pourquoi on se fait chier avec cette langue qu’est le français. Pourquoi tant chercher à la préserver, à la maintenir? Je me souviens d’une sortie de René-Daniel Dubois, il y a quelques années, qui posait la question en des termes qui avaient hérissé les poils de la plupart, chez nous, mais qui comme souvent ce que soulève RDD, portait son sens. Pour l’histoire? Quelle histoire? Pour l’héritage? Oui, mais lequel? Celui, bêtement, de nos origines? Faudrait alors savoir ce qui la caractérise cette langue, ce qui la rend si belle, si enviable, si riche que nous tenions tant à la préserver. Serait-ce parce que c’est la langue des droits de l’Homme? Oui, peut-être, d’accord. Mais qui sait encore cela et qui s’en soucie? En quoi cela résonne-t-il encore dans nos vies d’aujourd’hui? Parce que le français serait la langue de la pensée? Quelle prétention! Comme si les Allemands n’avaient fourni à l’humanité aucun philosophe et aucun penseur, tiens! Et comme si les Chinois n’avaient jamais développé une seule pensée fondamentale. Ou les Grecs et les Anglais, ou encore les Russes…

Mais surtout, pourquoi s’acharner à maintenir une langue en vie, alors que la mère-palais ne semble elle-même ne pas y voir de nécessité, d’urgence? Comme si sa survie n’était aucunement menacée. Si vous entendiez le français qu’on entend en France… Irritant, c’est le seul mot possible.

Il fallait être sourd pour écouter la description des olympiques sans avoir envie d’arracher la télé et de la jeter par la fenêtre. Expressions américaines consacrées dans toutes les descriptions, fautes graves – j’ai même entendu des raies côtoyer des si –, une prononciation déficiente et hystérique qui, particulièrement en ski et en snowboard, nous faisait perdre la moitié des descriptions. Et les noms des participants étaient massacrés et torturés à un point tel qu’on devrait faire voter une loi spéciale par l’ONU pour empêcher cela.

Tout ça, c’est sans même compter le chauvinisme hallucinant, pire encore que celui des Américains! À peine si on a pu voir les courses des autres concurrents lorsqu’ils avaient le malheur de passer devant un Français ou une Française. Si on a vu la victoire de Jasey-Jay Andersen, c’est en reprise, entre deux slaloms où aucun français n’a fait mieux que neuvième, tout juste derrière notre Julien Cousineau.

C’était gênant.

Dites-moi, dites-moi donc alors, pourquoi continuer de parler français? Pour l’esprit? Non, plus personne ne pratique cet art de la parole, tout le monde n’en a que pour l’humour, tradition anglaise que nous produisons en assez grande quantité pour ne pas être tenté de s’attarder aux mots d’esprit.

Pourquoi, dites-moi? J’ai comme un doute…

Organisations: Saint-André, ONU

Lieux géographiques: Paris, Belgique, Mazet France Rue de Belleville Bérus

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