Arrêtez le monde…

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Ça devait être il y a douze ans au moins, la dernière fois. Les enfants avaient alors entre six et quatorze ans et les parents étaient encore dans la trentaine. Je les avais connus à Zurich quelques années plus tôt, avec leur chapiteau transparent, planté là, à côté.

Arrêtez le monde…

C’avait été comme un coup de foudre, un flash sublime où plus rien n’est possible que les larmes, parce que tant de grâce et d’humanité : je n’ai plus revu de spectacle aussi beau que celui de la Volière Dromesko.

Il y avait Igor, Lily, Tivi, Francine, Christine, Alain, Hervé, Napo, Antoine et Agathe, et il y en avait tout un paquet d’autres. Pendant les derniers mois d’existence de cette Volière, j’ai tout fait pour passer le plus de temps possible avec eux : revoir et revoir encore ce sublime moment de cirque et de théâtre; et aussi passer et repasser le temps qu’il fallait pour que se vive l’amitié/passion qui s’était installée ipso facto entre nous.

Puis il y eut leur divorce, décembre 1993. Et de l’aventure de La Volière sont nés tout un paquet d’autres projets audacieux : La Baraque Dromesko, ce projet sur lequel j’ai un tant soit peu participé, avec Igor et Lily, en 1995 à Rousseyrolles. Et Les Colporteurs d’Antoine et Agathe, que nous pourrons découvrir en septembre prochain, à la TOHU.

Ce devait être il y a une douzaine d’années, la dernière fois. Les enfants avaient entre six et quatorze ans et les parents approchaient tout doucement de la quarantaine. Et il y avait les uns et les autres qui partaient de tous leurs côtés.

Temps qui passe qui fait qu’on ne sait plus; de trop brèves nouvelles, trop rares. Et trop souvent mauvaises. Avec le temps, va, tout s’en va… on ne se donne plus le temps de se donner les bonnes : ne reste que les accidents et les morts qui semblent valoir la peine qu’on s’avertisse. Bof… Dans ce genre d’histoire, il y a peut-être aussi la gêne d’avoir laissé s’effilocher ce fil sensible qui, pour que puisse se nourrir l’amitié, se doit t’être tenu tendu.

Pour continuer d’exister.

Des années, des vies et des lunes, et une occasion, une petite retrouvaille facebookienne qui mène aux plus belles surprises, aux cris de joie, aux bises senties et à une soirée magnifique dans un théâtre de Paris. Arrêtez le monde, je voudrais descendre.

Mentir vrai

Le roman se construit de vrai et de faux, de réalité et d’imagination, d’une part de vécu et d’une autre, rêvée.

Rien n’est moins étrange, après avoir construit un monde qu’on a donné à lire, de revenir sur les lieux. La vie est un vaste chantier qui s’effrite et qui se berce de ses propres illusions : phénomène de persistance rétinienne, construction d’un souvenir éternel qui n’a plus besoin de se confronter à aucune règle de continuité. Les enfants qu’on perd de vue deviennent alors le témoin irréel de nos temps hachurés et émiettés.

Dans La machine à orgueil (Québec-Amérique, 2008), j’ai construit un passage autour d’un personnage que je nomme l’Oiseau. Dans la vie, il s’appelle Jean-Jacques Wahli. Dimanche dernier, treize ans plus tard, je suis passé chez Jean-Jacques, à Bienne. Il a les cheveux gris. Jadis, ils étaient drôles, rouges ou oranges, je ne me souviens plus trop.

Nous avons mangé un gâteau, bu du café et du champagne. Nous avons parlé de nos vies, de nos maladies, de nos peurs et de nos projets, de nos angoisses.

Revenir à la source d’un roman, lieux d’un massacre; celui du temps qui passe.

Les personnages que l’on crée ne vieillissent pas…

"On the road again"

Le train file entre Bienne et Genève. Des rails que j’ai souvent foulés, et que j’ai fait parcourir à quelques-uns de mes personnages. Métal contre métal, j’ai vingt ans de plus et à la fois tout et rien n’a changé. Est-ce mon regard, l’œil plus ouvert aujourd’hui qu’hier, qui fait que je voudrais penser que ce pays me reconnaît, qu’il me voit encore tel que j’étais?

Le train file entre ici et ailleurs tandis que je me gave de l’impression futile d’être le même depuis toujours.

Lieux géographiques: La Volière, Bienne, Paris Genève

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