Le "French kiss" de Vancouver

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Je n’ai pas regardé la cérémonie d’ouverture des olympiques. D’abord, je n’ai pas de télé et, ensuite, même si j’en avais une, ce genre d’orgie pseudo culturelle me lève le cœur.

Le "French kiss" de Vancouver

J’ai cependant lu et entendu les critiques concernant le peu de français utilisé pendant la cérémonie. Étrange, non, qu’on se sente obligé de souligner la présence du français dans ce pays, alors que la langue officielle de l’olympisme est justement le français. Aux olympiques de Pékin, me semble que ça parlait Molière un peu, non?

Il y a quelques années, j’avais passé deux semaines dans la ville des Canucks. En tournée avec L’Histoire de l’oie, du Théâtre Les deux mondes (Michel Marc Bouchard). Nous jouions en anglais et il avait été impossible d’organiser une seule représentation en français, faute de spectateurs… Je me souviens m’être passé la remarque que nous aurions eu plus de chances en proposant une version en hindi, ou en pakistanais ou encore en mandarin.

Je m’étais aussi passé la remarque que la réalité de Vancouver se tenait bien loin de cette velléité de pays bilingue anglo/franco qu’entretient encore une certaine élite : cette ville ne se souvient plus – et n’a pas à se souvenir – d’un prétendu passé francophone. Sa réalité historique est autre. Si certains explorateurs canadiens-français s’y sont rendus il y a trois ou quatre siècles, et si tout un paquet de «wabos» n’en sont pas encore revenus depuis les années 70, c’est nettement la présence asiatique qui caractérise l’éventuel mariage culturel de la métropole canadienne de l’ouest. Outre pour ce qui est de certains ahuris, parce qu’un ancêtre est venu y chercher fortune, ou la paix il y a de cela plus de quarante ans, qui y inscrivent leurs enfants en immersion française, il est très ardu de trouver quelqu’un avec qui converser dans la langue de Galarneau au BC.

Z’en ont rien à foutre, point.

C’est une image rêvée d’un Canada bilingue "coast to coast" qui s’effrite : un des officiels des jeux de Vancouver n’a-t-il pas soutenu que la présence de notre langue était suffisante? N’est-ce pas là le reflet d’une réalité dont nous devons tenir compte : le français, outre certaines poches de résistance souvent limitrophes au Québec, n’existe plus hors de celui-ci. La faute à qui? À quoi? Il serait trop long d’en débattre ici, mais la réalité vient de nous sauter en pleine face, à la cérémonie d’ouverture des olympiques de Vancouver.

Et Garou, en plus. Rien pour donner le goût à quiconque!

Parlant Culture

On parle d’un sommet sur l’économie, de l’organisation d’un "get together" de haut vol pour trouver des solutions au marasme (je mets volontairement marasme en italiques, parce que, bon, je pense toujours que si nous répartissions nos richesses de manière plus équitables, personne ne serait vraiment pauvre!). Qui participera à ce sommet? Qui y aura quelque chose de neuf à dire? Qui dira qu’il faut augmenter les impôts des riches et réduire ceux de la classe moyenne?

C’était il y a presque deux ans, et Haïti manquait déjà de beaucoup de choses, dont, entre autres, d’une classe moyenne. Des quatre millions d’Haïtiens qui vivent hors de leur pays, la plupart sont justement ceux qui composeraient normalement la force vive de ce pays. Leçon à tous nos gouvernements : en accentuant l’écart entre pauvres et riches, vous avez là un exemple de ce que ça donne. Personne ne parle de fatalisme ici…

Il y a deux ans, donc, mon ami Jean-Euphèle Milcé, un écrivain avec qui je devais me rendre aux Gonaïves, le 14 janvier dernier, me racontait sa rencontre avec Gérald Tremblay, notre cher visionnaire de maire. Milcé défendait l’idée qu’Haïti devait soutenir la culture de manière plus efficace. Tremblay, outré, avait demandé à Milcé comment il pouvait oser demander au gouvernement d’un pays si pauvre, d’un pays qui manque de tout, qu’il puisse penser s’attarder aux dépenses en culture?

Mais Jean-Euphèle savait déjà que tout ce qui restait à son pays, pour espérer mieux, c’était justement sa culture, sa production artistique, et la nécessité absolue de la diffuser, chez lui comme à l’étranger.

J’écris ça parce que la saison des budgets arrive et que, déjà, le gouvernement Harper, sous prétexte de serrement de couilles économique, se prépare à couper de nouveau dans la culture (j’ai entendu parler de 17%...). Et je vois déjà venir Charest avec ses gros sabots, tout en entendant à peine le faible souffle de Pauline Marois, tentant d’éteindre les feux de ses oublis et de ses contradictions.

Organisations: Théâtre Les

Lieux géographiques: Vancouver, Pékin, Canucks Haïti Canada Québec Gonaïves

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