En 1693, le père Labat est nommé missionnaire aux Antilles. Il part s’installer en Martinique, au service de son ordre religieux, mais par le fait même, à celui de Louis XIV. Il y passera une douzaine d’années, à évangéliser et à baptiser, bien entendu, mais aussi à prendre des notes sur tout : les esclaves et les traitements qu’on leur fait, les Indiens Caribes et leurs us, la botanique, la faune, et aussi les diverses manières par lesquelles les colons européens se sont intégrés à ce nouveau monde. Ils s’y disputaient les Amériques, ses ressources et surtout son énorme potentiel sur le marché des esclaves. Les Antilles étaient d’abord et avant tout, pour toutes les couronnes d’Europe, ni plus ni moins qu’un énorme entrepôt à ciel ouvert où on entassait la marchandise humaine en vue de son exportation aux États-Unis.
Rien ne change. Les pays ont beau dire, discours humanitaire ou non, les seules raisons qui motivent l’aide gouvernementale restent et resteront commerciales. On a beau prétendre vouloir reconstruire ce pays en se bombant le torse de nos meilleures intentions, il devra un jour y avoir rétribution, en espèce sonnante ou en nature, c’est selon : ça ne dépendra que du "pimp".
Haïti est vide. Et croyez-moi, ce ne sont pas que les cataclysmes naturels ou le diable qui ont vidé le pays : que je sache, les cyclones n’arrachent pas le minerai du sol, et le diable ne se nourrit ni de forêts, ni de riz…
Je finis en citant Jacques Roumain, écrivain et chroniqueur haïtien mort en 1944. Il termine ainsi son sublime Sale nègre, écrit en 1937 et dont le souhait ne semble pas encore prêt de se réaliser…
Et nous voici debout / tous les damnés de la terre / tous les justiciers / marchant à l'assaut de vos casernes / et vos banques / comme une forêt de torches funèbres / pour en finir / une / fois / pour / toutes / avec ce monde / de nègres / de niggers / de sales nègres.
