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La relève

La relève

La relève

Publié le 12 Janvier 2010
Publié le 29 Avril 2010

Mercredi 6 janvier, fête des Rois. Nous sommes attablés, souriants à notre vue sublime sur la mer rugissante. Les cocotiers dansent et un petit vent frais de début de soirée aère nos bouchées de boudins antillais et de pâtés cochons. Serait-ce me prendre pour un père Labat de science-fiction que de vous parler, en plus, de ces succulentes écrevisses que nous dévorâmes ensuite allègrement? Et y avait-il des bananes jaunes aussi, cuites sur notre feu de bois? Je ne me souviens plus très bien. Le rhum peut faire oublier certains détails, je vous le dis.

Sujets :
Magasin , Couche-Tard , Loto-Québec , Diamant , Antilles , Martinique

Je vous souhaite néanmoins d’un jour avoir le bonheur de faire griller vos écrevisses – ou vos côtelettes, ou vos saucisses, c’est selon – sur un feu monté à partir de noix de cocos séchés. Mélangées au charbon et à de vieilles branches sèches coupées au coutelas, et vous avez presque un boucan… J’en reparlerai, d’ailleurs, d’ici l’été prochain : j’ai fermement l’intention, pour une vraie grosse fête sale, d’en monter un, de cochon et de volaille, selon les indications du Père Labat, justement, bien détaillées dans son Voyage aux Îles (Phébus).

Enfin. Revenons à mes écrevisses. Je me distrais trop facilement quand vient le temps de parler de choses que j’aime… On les a fait d’abord mariner dans un peu de citron, de piment et de gros thym, une toute petite heure avant de les griller. Rien de moins qu’un festin, bien arrosé au ti-punch, une bouteille de Neisson y est passée…

Ah, le bonheur des Antilles dans ce repas, clôt en sirotant un vieux La Mauny… Puis nous réalisons que, merde, c’est la fête des Rois! Et nous n’avons même pas pensé prendre une galette...

19h55, tout est fermé au Diamant, sauf peut-être La relève, ce magnifique à mi-chemin entre ce que nous appelions jadis autrefois Magasin général, puis, il n’y a pas si longtemps, dépanneur. C’était avant que Couche-Tard ne vienne tout dénaturer, tout défaire, et en faire cette désagréable extension de Loto-Québec, une poursuite du grand rien où plus personne ne dépanne personne, comme si nos besoins urgents se réduisaient aux seules bières, liqueurs, gratteux, cigarettes et autres chips.

Triste.

Depuis un mois que je suis au Diamant, je suis allé tous les jours à La relève, parce qu’à La relève, il y a tout, même une télé. Et à La relève, à 20h00 ce 6 janvier, à quelques secondes de la fermeture, il y avait, oui, une dernière galette. À la Relève, tous les jours, il y a du pain frais, disponible en trois ou quatre formats : l’ordinaire pain de mie en plastique côtoie au moins deux types de baguettes, toujours fraîches. Et il y a des croissants et des pains au chocolat suintants de beurre, tous les matins. À la relève, il y a des jus de fruits, des aliments en conserve, des pâtes, deux ou trois congélateurs remplis de jarrets d’agneau, de poissons, de viande de chèvre ou de porc… Dehors, avec les bouteilles de gaz il y a du charbon, des légumes, des journaux (France-Antilles et même le Canard enchaîné!). J’y ai même vu, un jour, une caisse de harengs fumés! Moi le bas-laurentien, je me suis presque senti chez moi. À La relève, il y a aussi toujours des sourires, des bonjours gentils et des échanges colorés. Dehors, il y a des caisses en plastique posées par terre, pour s’asseoir en se désaltérant, et discuter plus longuement. Il y a une télé aussi, devant laquelle on regarde les infos, ou encore un bout de feuilleton en fumant.

Qu’est-ce qu’on trouve d’autre à La relève? ah oui, du rhum bien sûr, et du sirop, et des citrons frais : quand même, faudrait pas rater son ti-punch! Quoi d’autre, encore? Du fromage et du beurre, de la crème, de tout, je vous dis, de tout… même des ampoules de rechange, des ustensiles de cuisine et des jouets pour les enfants. Et, faut voir, c’est minuscule! À peine assez grand pour entrer s’il y a une file à la caisse.

Ah…(soupir), dire que nous avions encore des endroits comme ceux-là il n’y a pas si longtemps, des endroits où la vie battait et où le commerce ne se réduisait pas à un résultat, à un rapport de caisse… Des endroits où c’était l’humain qui prévalait.

Alors, où allons-nous, dites-moi, où allons-nous, avec nos terminaux et nos uniformes bleus sans âmes?

Demain, départ

Fini la Martinique, du moins pour l’instant. On se retrouvera, c’est certain ; because piqûre de mer, de vent chaud et d’eau salée; me voici devenu accro. J’étais venu ici pour écrire un roman, eh bien c’est raté… Pas grave, je continuerai ailleurs. Demain, je pars en Haïti rejoindre les écrivains qui comme moi participeront au festival Étonnants voyageurs. De chez nous, il y aura Péan, Saint-Éloi, Laferrière et Dickner, entre autres. Et j’y retrouverai aussi ce cher Frankétienne, Jean-Euphèle Milcé, Gary Victor, Emmelie Prophète et Alain Mabanckou. J’y rencontrerai peut-être Muriel Barbery, Ananda Devi, James Noël, Alex Wheatle, et plein d’autres encore.

Je vous en reparle la semaine prochaine, sans faute!

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