Noël est aussi synonyme de chicanes. Je vous épargne l’expérience traumatisante de la fois où on a joué au jeu du dictionnaire. Ce fut la première et la dernière. Le jeu est depuis resté à l’état neuf dans sa boîte chez ma mère. J’ai souvenir encore de l’année où mon cousin a brisé mon Pop-O-Matic Trouble que je venais de recevoir et où toute la famille avait dû joindre leurs forces pour m’empêcher de le battre à coup de xylophone... En somme, l’ambiance était tendue. Surtout l’année où mon père est parti et que ma mère a bu une demi-bouteille de brandy avant d’aller se coucher à 9h, nous laissant seuls avec la visite. Y compris ma tante et son nouveau chum annuel, plus souvent désagréable que l’inverse...
Par chance, les traditions n’étaient pas toutes mauvaises. Malgré tout, s’il y a bien une chose que j’aime de Noël ce sont les traditions culinaires québécoises qui sont à l’honneur. La tourière, le ketchup maison, les saucisses cocktail dans la sauce VH, les betteraves marinées, les pets de sœurs et les bonbons aux patates, le gâteau Reine Élisabeth de ma tante ou la “trempette de crabe à la goberge” de ma mère et son jambon aux ananas. Quoi de mieux pour célébrer la naissance du roi des Juiifs qu’une fesse de porc coiffée d’auréoles de fruits tropicaux?
On ne réinvente pas les classiques. Ne me parlez pas de homard, de sushis ou de tartares... Dans mon livre à moi, un pain-surprise, ça se fait avec du Velveeta et une dinde ça se sert avec des atacas. Il y a un temps pour chaque chose. Certaines sont sacrées et gagnent à ce qu’on les garde telles quelles.
C’est peut-être justement à cause de cet amour pour la bonne bouffe, jumelé à mon aversion pour les réunions familiales, que j’ai inconsciemment choisi métier de cuisiner. Quand on travaille en restauration, notre horaire est habituellement à l’envers de tout le monde. Si c’est jour férié, nous on travaille. Y'a-t-il meilleure défaite pour se dérober des obligations domestiques d'usage ?
La saison des fêtes en est une particulièrement intense en cuisine. Pas le temps de festoyer, le staff célèbre habituellement le p’tit Jésus rendu au mois de janvier. Mais d’une certaine façon, on baigne dans l’esprit de Noël et tous les partys de bureau auxquels on assiste au resto nous rappellent que nos familles respectives ne sont peut-être pas si dysfonctionnelles que ça finalement...
Ceci étant dit, loin de moi l’idée de me plaindre. Au fond de moi même, j’aime bien ça Noël... Car de toute l’année, un des seuls moments où je ferme les fourneaux et que je peux prendre le temps de m’asseoir avec ma famille comme tout le monde c’est pour le réveillon. On se remémore les bons comme les mauvais moments et maintenant qu’on a tous vieilli, tout cela est plus anecdotique que dramatique finalement... En famille comme en gastronomie, il faut savoir garder ça simple et bien doser pour que ce soit agréable.
Dès le lendemain, c’est le retour en cuisine et c’est tant mieux. D’ailleurs, cette année, le 25 au soir je me joindrai à l’équipe du Chaud Lapin sur la rue Mont-Royal afin de cuisiner pour ceux qui ont le malheur ou le luxe de ne pas avoir de famille et qui veulent célébrer entre amis. En terminant, je vous rappelle de ne pas faire trop d’excès à Noël, surtout si on veut être frais et dispo pour déraper solide le 31... Ho ho ho.
