Le livre, illustré grâce aux photographies de Toma Iczkovits, regroupe 12 nouvelles, dont plusieurs ont été écrites par des écrivains du Plateau-Mont-Royal. Le journal Le Plateau s'est entretenu avec deux d'entre eux: André Marois et Martine Delvaux.
« C'est Olga Duhamel-Noyer, qui signe une des nouvelles, et Florence Noyer, éditrices, qui ont eu l'idée de donner la parole à des auteurs de fiction. Elles voulaient une réaction à chaud, mais pas sous la forme d'essai ou de textes d'opinion. On s'est donc mis à écrire en juin, dans le feu de l'action », explique Mme Delvaux, à qui l'on doit le texte Autoportrait d'une militante.
Si la trame de fond est la même pour tous les textes, les thèmes abordés, quant à eux, sont très variés. Loi 78, mobilisation citoyenne, médias sociaux, tout y passe.
« J'ai écrit un texte qui s'appelle Je n'étais pas là. Et c'est le cas, j'étais en voyage. Ça m'a vraiment frustré d'avoir manqué ça. Habituellement, je ne parle jamais de moi dans mes textes mais cette fois-ci, j'ai écrit au je», confie M. Marois.
Néanmoins, il estime avoir réussi à vivre cette crise en direct par le biais d'Internet et au travers de ses enfants, qui tous deux étaient en grève.
« C'était étrange de ne pas être là tout en ayant les réactions sur Facebook. C'est étonnant de voir comment quelque chose de local est soudainement devenu international. C'était fâchant de ne pas être là, mais en même temps, j'avais l'impression de ne pas tout rater », explique M. Marois.
Pour sa part, Mme Delvaux dit avoir vécu « intensément » cette période.
« Mon texte est à la deuxième personne. Il s'agit d'un je anonyme qui parle de tout le monde. Je me suis découverte militante, alors que je ne l'avais jamais été de cette façon. Le printemps m'a changée, il m'a révélée », indique-t-elle.
Distance
Questionnés à savoir s'il était trop tôt pour aborder, avec un regard critique, cette crise qui est désormais connue sous le nom de « printemps érable », les deux auteurs s'entendent pour dire que ce recul n'était pas forcément nécessaire.
« C'était peut-être important d'écrire alors qu'on était en plein dedans. L'expérience de Facebook et des médias sociaux a fait en sorte que, même si on était ici et qu'on marchait dans les rues avec les étudiants, on consultait les médias tout autant que si on n'avait été à l'extérieur du Québec. Il y avait une distance forcée imposée par le traitement de l'information. On était donc à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de la crise. Le livre Printemps spécial s'inscrit là-dedans, car de l'écriture même naît un recul face à une situation », fait valoir Mme Delvaux.
Selon les deux auteurs, ce recueil était essentiel pour témoigner de l'esprit du moment. S'ils devaient écrire sur le même sujet, aujourd'hui, leurs textes seraient probablement fort différents, croient-ils.
« Ce livre est en parfaite continuité avec ce qu'a été le printemps dernier. C'était une urgence, un événement. L'idée avec le recueil n'était pas de documenter ce qui s'est passé, mais plutôt de prolonger cette énergie que l'on a ressentie », conclut Mme Delvaux.

