Vieillir n’est jamais un processus facile, que l’on soit homosexuel ou hétérosexuel. Il s’agit d’une période d’adaptation où il faut réapprendre à vivre avec un corps qui se transforme, tout en conservant ses points de repère.
« Avec l’âge, on constate souvent une perte d’autonomie. Il y a donc de fortes chances que l’on se fasse placer dans un centre pour aînés. On est alors déraciné de notre milieu, où on avait nos amis, notre routine, notre petit café du quartier, etc. Dans le cas d’une personne gaie, elle est souvent amenée à vivre dans un nouveau milieu qui ne lui ressemble pas. C’est une situation fragilisante pour tous les aînés, mais plus spécialement pour quelqu’un qui est déjà vulnérable. Les gais sont doublement isolés », explique Éric Billard, responsable du développement social et communautaire.
« Par exemple, un couple de lesbiennes dont une des deux femmes est placée, lorsque sa conjointe va venir la visiter, va-t-elle se sentir à l’aise pour effleurer la joue de sa compagne ou l’embrasser sur la bouche? Est-ce que ces moments de tendresse sont bannis à jamais? Va-t-elle devoir se faire passer pour sa sœur ou son amie pour venir la voir sans se faire juger? », illustre-t-il.
Grâce au nouveau programme, M. Billard souhaite aider les aînés homosexuels à s’affirmer dans leur différence, tout en faisant de la sensibilisation auprès de leurs homologues hétérosexuels.
« On parle souvent d’activités LGBT (pour lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres). Je pense qu’avec tout le chemin qui a été parcouru concernant la lutte contre l’homophobie, on est rendu à faire des activités pour LGBTH, H étant pour hétérosexuels. Peut-on se décloisonner et faire des choses ensemble, peu importe notre orientation sexuelle? », fait-il valoir.
Programmation
Dès cet automne, plusieurs activités à saveur culturelle, artistique et éducative seront proposées aux participants, notamment des ateliers de photographie, des déjeuners-causeries jumelés à des séances d’écriture, des conférences, une création théâtrale et des cinés-réflexions. Plusieurs thèmes, qui ne sont pas nécessairement en lien avec l’homophobie, y seront abordés, afin de permettre aux gens de faire connaissance, de discuter de sujets communs.
M. Billard fait présentement la promotion du programme auprès des aînés qui fréquentent le centre, ainsi qu’auprès des membres de la communauté gaie. Selon lui, la réponse de ces deux milieux est très bonne. Il compte aussi sur le caractère gratuit et diversifié des activités pour attirer une clientèle qui ne serait pas nécessairement interpellée par la question de l’homosexualité. Il mise également sur le bouche-à-oreille pour rejoindre et sensibiliser un plus grand nombre de personnes.
« Je fais le pari que ça va créer des débats et des discussions informelles. C’est mieux qu’on en parle, même si ça crée parfois des malaises, plutôt que de garder le silence. Depuis que je travaille sur ce projet, plusieurs personnes sont venues me parler, des gens qui fréquentent le centre et qui ont un enfant gai. Elles sont interpellées par ce sujet, et certaines n’osent pas en parler, tandis que d’autres sont très à l’aise de le faire », soutient M. Billard.
Il attribue cette ouverture, malgré certains tabous, à la grande mixité sociale que l’on retrouve sur le Plateau-Mont-Royal.
Tout au long de l’été, Projet changement recrutera des participants pour une activité de création théâtrale dans le cadre du programme. Le processus créatif débutera à l’automne. Pour s’inscrire ou pour en savoir plus sur les différentes activités de l’organisme, on communique avec le 514 521-5145 ou on consulte le www.projetchangement.com. Rappelons que l’organisme est situé au 4450, rue Saint-Hubert, suite 130.

