Le film témoigne du courage de trois femmes et d’un homme qui dénoncent le cauchemar qu’ils ont vécu. Aruna Papp, une chrétienne d’origine indienne vivant au Canada, a été mariée de force à l’âge de 17 ans.
« Tout ce que tu comprends, ce sont les coups de pieds », lui a déjà lancé son père.
Aujourd’hui, elle est travailleuse sociale et médiatrice familiale en Ontario et donne des formations aux policiers, avocats et enseignants sur les crimes d’honneur.
Cédant à la pression de sa famille, Arkan, un jeune suédois d’origine kurde, s’est finalement marié à sa cousine qu’il considérait comme sa sœur. Sur le coup, il disait ne pas avoir réalisé qu’il s’était marié sous le code de l’honneur.
Maintenant, il raconte son histoire lors de ses conférences dans des écoles suédoises.
Le documentaire relate aussi des cas de suicide forcé en Europe, où on aurait exigé d’une femme qu’elle saute du 9e étage parce qu’elle avait sali l’honneur de la famille, par exemple.
L’« échec » du multiculturalisme
Constatant que des crimes d’honneur sont perpétrés dans des sociétés occidentales, Mme Provencher, dont les bureaux sont sur le Plateau, croit que le multiculturalisme s’avère être un échec. Et que plus particulièrement au Québec, les accommodements raisonnables « nous ont rendu fragile ».
« L’affaire Shafia est le premier crime d’honneur qui a eu cette répercussion chez nous, mais il y en a eu d’autres avant. C’est terrible à dire, mais il va surement y en avoir encore. Ça va prendre du temps avant de réussir à dialoguer avec les communautés culturelles. Le système politique fait en sorte que ces communautés vivent replier sur elles-mêmes et qu’elles gardent leur tradition », explique-t-elle.
« On se rend compte qu’elles gardent tout, y compris des aspects de leur culture qu’on doit interroger en vertu des valeurs qui sont les nôtres, comme l’égalité homme-femme et les droits de la personne », poursuit-elle.
Selon Mme Provencher, il faut aussi se questionner à savoir pourquoi les membres d’une même famille deviennent complices d’un crime d’honneur, comme dans le cas de la famille Shafia.
« L’histoire aurait été bien différente si le frère, Ahmed, s’était opposé à son père et lui avait dit : « non, je ne veux pas tuer mes trois sœurs ». Est-ce que c’est parce qu’on n’a pas réussi à lui donner une identité pour qu’il puisse penser par lui-même? », s’interroge-t-elle.
Rappelons que Mohammad Shafia, sa seconde femme, Tooba Mohammad Yahya, et leur fils Hamed ont été reconnus coupables du meurtre des quatre membres de leur famille: les trois filles, Zainab, Sahar et Getti, et la première épouse de M. Shafia, Rona Amir Mohammad. Toute la famille a déjà habité à Saint-Léonard.
Leurs corps avaient été retrouvés le 30 juin 2009 dans une Nissan Sentra au fond d'une écluse du canal Rideau, en Ontario.
Pas un problème religieux
Mme Provencher tient à préciser que le crime d’honneur est un problème culturel, et non religieux.
« C’est évident que les pays où la religion musulmane est pratiquée ont adopté des traditions qui venaient bien avant l’islam. Mais ce n’est pas écrit dans le Coran que lorsqu’on déshonore, tu as le droit de commettre un crime », souligne-t-elle.
Et comment venir à bout de ce problème?
« Comme je dis toujours, ce n’est pas une réponse sexy, mais c’est par l’éducation, insiste Mme Provencher. Quand tu mets les enfants à l’école et que tu leur inculques les valeurs fondamentales d’un pays, ça marche. Mais il va falloir faire plus que ça en attendant que ces éducations se fassent. Il faut entrer en communication avec les communautés culturelles. Et ça, ce sont les gens sur la ligne de front qui peuvent le faire. Je parle des professeurs, des infirmières, des policiers qui sont appelés à aller sur place et voir ce qu'il se passe. Ils doivent être formés pour comprendre de quoi on parle », soutient-elle.
Le documentaire est présenté au Cinéma Excentris et à l’AMC Forum 22.
Pour visionner la bande annonce du film: www.cescrimessanshonneur.com

