Le comédien Frédéric Desager tient son premier rôle solo au théâtre dans La Chaise. Cette comédie noire, présentée à la Salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 12 novembre, retrace, entre histoire et fiction, l’invention de la chaise électrique.
Frédéric Desager caressait depuis longtemps le rêve d’interpréter un solo « pour le plaisir de jouer plusieurs personnages », mais aussi pour la liberté d’explorer son jeu au fil des représentations, « sans empiéter sur le travail des camarades ».
Pour camper l’action de ce « one man show », la salle d’exécution s’est imposée dans la tête de l’acteur d’origine belge, qui a coécritLa Chaise, aux côtés de l’auteur Claude Paiement. « En pensant à un solo, j’ai tout de suite imaginé une salle d’exécution, pour le rapport au public et pour la situation théâtrale qui captive les gens », explique-t-il.
Dans la foulée de recherches historiques sur la chaise électrique, les auteurs découvrent de petits bijoux cachés de l’histoire. Le personnage principal de La Chaise s’inspire donc directement de Fred A. Leuchter, citoyen américain, fils d’un concierge de prison, qui, dans les années 1980, est vraisemblablement devenu, par un étrange concours de circonstances, le réparateur de chaises électriques dans de nombreux pénitenciers américains. À l’époque, il fut connu dans les différents couloirs de la mort en tant que Mister Death…
« Ce qui nous a intéressés, c’est l’histoire de ce petit monsieur, simple concierge dans une prison, qui décide un jour de s’improviser ingénieur électrique, raconte le comédien rouquin. Il est devenu une star dans les prisons, avant de connaître un destin pitoyable. On a voulu raconter l’histoire de ce personnage qui a travesti ses valeurs et qui a accepté de plonger dans quelque chose de sordide pour devenir quelqu’un ».
La recherche historique des deux auteurs met également en lumière le lien qui unit la chaise électrique au grand savant de la fin du 19ème siècle, Thomas Edison. « On a découvert qu’Edison avait inventé la chaise électrique parce qu’il voulait contrecarrer les plans de son compétiteur, Georges Westinghouse », affirme Frédéric Desager. À l’époque, les deux hommes s’affrontaient dans la course à l'électrification de l'Amérique. « Même s’il était contre la peine de mort, Thomas Edison a tout de même construit une chaise électrique qui fonctionnait au courant de son concurrent (le courant alternatif) pour prouver à toute l’Amérique que ce courant était dangereux et qu’il fallait choisir son courant, (le courant direct). Lui aussi a complètement travesti ses valeurs morales pour réussir ».
Ces deux personnages, ayant existé à 100 ans d’intervalle, vont guider le processus créateur des deux auteurs. « On avait vraiment envie de parler de ce travestissement. Jusqu’où est-on prêt à aller pour devenir quelqu’un ». Forts de ces riches trouvailles historiques, et à la suite de plusieurs séances d’improvisation, un synopsis voit le jour.
Prise d’otage
Dans La Chaise, le public est donc convié à une séance d’exécution. « La pièce se déroule dans une salle d’exécution, quelques minutes avant l’exécution d’un personnage. Le réparateur de chaise, arrive pour faire son petit travail habituel, mais il va péter sa coche. Quelque chose va se casser à l’intérieur du bourreau. Il va en résulter une prise d’otage du public », lance Frédéric Desager.
La prise d’otage, fil conducteur du récit, est entrecoupée de flash back où on évoque le passé du personnage principal, son rapport avec son père et son directeur de prison. Thomas Edison apparait aussi pour représenter la part historique de la pièce. Outre le personnage principal, M. Desager interprète donc plusieurs rôles dont Edison, le condamné à mort, le directeur de la prison, ainsi qu’un chien… sur bande sonore!
Avec Frédéric Desager, que le public associe souvent au monde de l’humour depuis sa collaboration à l’émission Méchant Malade, il fallait évidemment s’attendre à un traitement rigolo de ce sombre thème. « Il y a beaucoup d’humour noir, qu’on perçoit dans l’absurdité des situations », assure-t-il.
