La créatrice de bijoux Claudia B. vit en fusion avec la matière. Récupératrice compulsive, son atelier du Plateau Mont-Royal croule sous des dizaines d’objets fascinants, découverts au détour d’une ruelle. Ces jours-ci, elle se prépare à célébrer le Jour de la Terre avec l’exposition De cyberdéchets en bijoux déconcertants, une réflexion sur la récupération de la « matière rebut » présentée au iMusée jusqu’au 30 avril.
Il y a environ un an, la créatrice de bijoux Claudia B. – Claudia Balsalobre de son vrai nom – a remarqué que de plus en plus de détritus électroniques s’accumulaient au coin des rues. Recycleuse professionnelle et amoureuse de la matière, elle s’est mise en tête de donner une seconde vie aux cyberdéchets. Après avoir contacté Recyc-Ordi pour s’approvisionner en rebuts du genre, l’organisme lui a lancé l’idée de monter une exposition pour célébrer le Jour de la Terre. Une invitation que l’artiste autodidacte s’est empressée d’accepter.
Depuis quatre mois, la diplômée en neurosciences planche jour et nuit sur l’exposition De cyberdéchets en bijoux déconcertants. Touches de clavier, cartes mères, dissipateur d’énergie, ventilateurs, électro-aimants, circuits imprimés, vieilles disquettes; chaque pièce d’ordinateur devient prétexte à la confection d’un bijou, qu’il s’agisse de boucles d’oreilles, de colliers ou de barrettes. « Chaque bijou porte un nom. Mes collections sont porteuses de mots et d’histoire. La matière informatique est grisante, parce que je ne sais jamais ce que je vais trouver! Tout ça est tellement beau et personne ne le sait! », dit Mme Balsalobre, tenant dans les mains les entrailles d’un ordinateur.
Dans le cadre de l’exposition, 30 colliers de la collection Inform’Elles seront notamment présentés, dont celui appelé Coupole construit avec un disque dur martelé, ou encore Petit Champ fleuri, fabriqué à l’aide d’un mini ventilateur. Les curieux pourront également voir une horloge insolite composée d’une vieille pièce d’ordinateur, ainsi que deux cadres dont l’un, intitulé Matière, illustre la planète terre enfouie sous des déchets informatiques. Les boucles d’oreilles de la collection Touche de féminité, un nom qui fait référence aux touches d’un clavier d’ordinateur, seront aussi exposées.
La pièce de résistance est sans doute une robe de mariée – celle de l’artiste! – sur laquelle Claudia B. a notamment ajouté 900 touches d’ordinateurs et 150 mètres de fil éthernet. « Ma robe est dans une caisse depuis des années, je lui ai donc redonné une deuxième vie. Ma mission est de sauver la matière, pour le meilleur ou pour le pire! Je suis mariée à mes convictions», lance la femme de 44 ans. Une cybermurale conçue pour le IMusée sera aussi dévoilée lors de l’exposition.
Ligne directrice
Depuis 2004, Claudia B. fabrique des bijoux, la plupart réalisés à partir de matériel recyclé. Dans son atelier, ou s’entassent des monticules de boutons, canettes, pièces de jeux de société, lego, ustensiles, etc. elle a tous les instruments pour découper, marteler, polir ou percer les pièces qu’elle transforme, c’est le cas de le dire, en petits bijoux. « Ce que j’aime, c’est quand on ne reconnait plus l’objet original! », avoue la joaillière.
Bien qu’elle soit portée par une vision écologique et un réel intérêt envers le développement durable, le besoin de recycler l’habite depuis sa tendre enfance. Petite, elle créait ses vêtements avec les retailles de tissus de sa mère. « La question que je me pose toujours est : qu’est-ce que je peux faire pour sauver cette matière? C’est la ligne directrice de ma vie », conclue-t-elle.
L’expositionDe cyberdéchets en bijoux déconcertantsest présentée jusqu’au 30 avril au iMusée, situé au 1691, boulevard Pie-IX.
Une collecte gratuite de matériel informatique est également en cours au iMusée jusqu’au 30 avril.
Information : http://www.imusee.net/wordpress/
Pour découvrir les bijoux de Claudia B.: www.bijoutia.com
