Un des derniers terrains vagues du Plateau, il longe la voie ferrée, entre le couvent des Carmélites et les grands immeubles industriels, puis descend entre les rues Henri-Julien et De Gaspé.
L’été dernier, la Ville de Montréal a acheté le terrain du Canadien Pacifique dans le but d’en faire une cour de voirie municipale, ce qui implique la décontamination du site et la construction d’un garage.
Plusieurs citoyens s’y opposent et militent pour protéger cet espace sauvage. Ils ont formé le Comité citoyen du Champ des possibles, qui a une vision bien précise : créer une réserve de biodiversité urbaine, sauvage et sans l’aménagement typique des parcs publics. Ils prônent aussi une décontamination du sol naturelle plutôt que mécanique, par l’entremise de plantes, champignons et bactéries.
Le maire de l’arrondissement, Luc Ferrandez, est enchanté par la vision des citoyens : « L’idée, c’est de donner l’espace le plus large possible pour laisser pousser la nature, avec des sentiers minimaux, notamment un qui va vers la voie ferrée, jusqu’à la station de métro, puis un autre vers Saint-Viateur. Il faut inviter les gens à visiter ce lieu, d’une nature paisible. »
Mais encore, l’arrondissement n’est pas propriétaire du terrain. Le comité citoyen fait pression pour que la Ville abandonne son idée d’installer une cour de voirie municipale.
En attendant, les citoyens occupent le parc comme ils le veulent, sans risquer d’amendes. Jeanne Gagnon, une retraitée, y organise des marches et des pique-niques pour les personnes âgées de sa résidence de la rue Maguire. « Le parc est désiré, on sent la volonté politique des individus », avance-t-elle. La preuve : le café citoyen qui s’est tenu le 12 avril dernier au sujet du Champ des possibles a attiré plus de 80 personnes.
Un blogue très fréquenté sur le projet est en ligne à lechampdespossibles.tumblr.com.
Un secret bien gardé
À première vue, le parc ne paie pas de mine. Quelques arbustes dispersés et de petits sentiers le traversent. Mais l’œil averti remarquera que ce champ grouille de vie.
« Pour un petit bout de verdure sur le bord de la voie ferrée, il y a beaucoup d’espèces intéressantes », déclare Roger Latour, membre du comité citoyen du Champ des possibles et auteur d’un guide sur la flore urbaine, publié aux éditions Fides.
Le naturaliste explique que près de 100 espèces de plantes y poussent : arbres fruitiers, légumes racines, plantes fourragères, etc. De ces plantes dépendent un grand nombre d’insectes, d’oiseaux, et ainsi va la chaîne alimentaire.
Même l’herbe à poux, la mal-aimée, abrite une petite mouche colorée qui y pond exclusivement ses œufs. La corvée d’arrachage d’herbe à poux laissera donc quelques plants vivants, pour la survie de cette bestiole!
À lire aussi: « Le Jardin Roerich » (www.leplateau.com/Actualites/2010-05-19/article-1127926/Le-Jardin-Roerich/1)
